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Accords de Partenariat Economiques (APE) définitifs : Le Cameroun dans le “couloir de la mort” août 31 2014

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Depuis la fin d’année 2013, les négociations entre les autorités camerounaises et l’Union Européenne (UE) en vue de la signature de l’Accord de Partenariat Economique (APE) ont repris de plus belle. Cependant, la ratification définitive de ce sinistre contrat signifierait tout bonnement le suicide économique pour le pays de Ruben Um Nyobe.
Sous les trompeuses apparences d’un partenariat de développement durable, le Cameroun a signé le 15 Janvier 2009, un accord de libre-échange provisoire avec l’Union Européenne. La date limite de ratification définitive fut à l’origine fixée au 1er Janvier 2014. Les clauses principales de cet accord incluent notamment la libre circulation des produits de l’UE vers le Cameroun et inversement. Autrement dit, la suppression des prélèvements douaniers sur les importations et exportations.
En outre, les acteurs Européens s’engagent pour la « réduction de la pauvreté et l’amélioration de la compétitivité des entreprises locales ». Ce qui est présente par les autorités occidentales comme une ouverture au développement en Afrique s’avère pourtant n’être en réalité qu’une mascarade économique des plus abjectes visant à détruire définitivement tout espoir d’émergence de notre Triangle national.
Apres l’abolition de l’esclavage et de l’assujettissement illégal des hommes, l’Afrique se retrouve donc confrontée a un nouvel ennemi, plus effrayant: la gourmandise financière sans limite du lobby économique occidental, prêt à tout pour s’enrichir et affaiblir davantage les pays dits moins avances. Tel un boa constrictor resserrant son étreinte sur l’impala sans défense, l’Union Européenne a proposé au Cameroun et à sa sous-région une libéralisation des échanges a 80% sur une période de 15 ans (horizon 2030). Il s’agit d’un accord autorisant les produits européens à être vendus sur place en profitant d’un transit libre de frais d’importation. Ce qui permet également au Cameroun de pouvoir commercialiser ses produits dont la banane, le cacao ou encore l’aluminium sur le marché européen sans devoir se soucier des taxes douanières.
Les points positifs présentés ici sont entre autres la dissolution d’une bureaucratie encombrante retardant parfois le transport des marchandises du port vers l’Inter land, mais également la réduction des prix des produits vendus, facilitant ainsi les achats du consommateur camerounais lambda. En outre, la diversité des produits venus d’Occident permet à l’acheteur d’avoir une gamme plus variée, et, de ce fait, un choix plus élargi. Pour finir, l’UE s’est engagée dans la réalisation d’un certain nombre d’infrastructures et de projets d’émergence.
Le revers de la médaille
Mais c’est dans le fait de considérer les choses au travers de ce prisme que réside toute la tricherie hourdie par la machine économique meurtrière occidentale. S’appuyer sur la représentation des avantages cites ci-dessus renverrait en effet inéluctablement à tomber dans le piège obscur ficelle par l’UE, en vue d’asseoir ses intérêts personnels en Afrique, sans véritablement se soucier du bien des populations locales. Car en effet, La signature d’un tel accord signifierait que le Cameroun abandonne toute autonomie économique et se livre entièrement à la merci du mastodonte européen dont la production massive combinée à un prix extraordinairement bas détruirait en un instant les espoirs des producteurs camerounais locaux, luttant chaque jour pour assurer le pain chaud quotidien.
A titre d’exemple, cela signifierait que pour une boite d’allumettes produite au Cameroun et vendue à 25 FCFA, l’UE vendrait son allumette importée a 15 FCFA la boite. Si l’on additionne à cela le facteur très fâcheux qui veut que dans la psychologie africaine collective les produits occidentaux soient forcement meilleurs que la fabrication locale, les ventes des entreprises camerounaises chuteraient a la vitesse grand V et celles-ci feront indubitablement faillite en a peine quelques semaines. Un accord avec l’UE voudrait donc dire que l’on sacrifie le développement de la production nationale au profit des importations astronomiques du carnassier de l’Occident. Ce qui sonnerait le glas de l’économie camerounaise.
Un pays ne saurait prétendre sérieusement au développement en étant dépendant dans d’aussi grandes proportions, des importations d’autres pays. La faible production camerounaise n’ayant évidemment pas la moindre chance face à la machine industrielle ultra rapide de l’UE, les importations sont alors infiniment plus grandes que ce que le Cameroun peut produire et exporter. Le pays achètera donc bien plus qu’il ne vend, entrainant une balance commerciale effroyablement déficitaire. Par conséquent, le territoire se verrait inonde par les produits étrangers, et aucun camerounais ne pourra plus produire localement, au vu de la concurrence implacable de l’encombrant visiteur. La conséquence immédiate serait une augmentation encore plus écrasante du chômage dans un pays ou le secteur informel constitue le premier pôle d’activité, englobant selon le Bureau International du Travail (BIT), environ 90, 5% de la population active en 2010.
Par ailleurs l’absence des droits de douane sur le marché européen que les envoyés spéciaux de l’UE brandissent comme opportunité pour le Cameroun d’économiser des frais importants, n’apparait plus aussi convaincante lorsque l’on considère l’ensemble du problème :
Le Cameroun en tant que pays en voie de développement aspirant à l’émergence, ne peut aucunement se passer des recettes douanières pour son budget annuel. La puissante UE pour sa part compenserait très rapidement ses pseudo-pertes par l’écoulement supersonique de son exorbitant panel de produits sur le marché africain. Le Cameroun en revanche, étant donne ses exportations comparativement faibles, perdrait gros au change. Selon une étude du Ministère des Finances parue en 2008 et relayée entre autres par le quotidien Mutations dans son numéro du 20 janvier 2009, les pertes s’élèveraient à près de 130 milliards FCFA de recettes douanières à l’horizon 2023, pour un total d’environ 13 000 milliards FCFA à l’horizon 2030 pour l’ensemble de l’économie camerounaise.
Pour avoir un aperçu de ce qu’est déjà l’intervention étrangère, la chaine panafricaine Africa24 rapporte dans son édition télévisée du 30/05/2014 que les importations de riz au Sénégal – qui s’élèvent a plus de 2 millions de tonnes en 2013 –, entrainent un déficit budgétaire de 16% au pays de Cheikh Anta Diop, si bien que le sentiment d’injustice chez les innocents producteurs sénégalais qui se retrouvent défavorisées par une invasion alimentaire extérieure, n’est que très grand. Il n y a donc aucune raison, aucune nécessite, mais surtout aucune sagesse dans le fait de signer pareil accord économique entre l’Afrique et l’Europe. Conclusion somme toute logique.
Morceaux choisis
Se rendre compte des manifestations de ce déséquilibre des forces en présence n’est guère chose difficile. On se souvient notamment du conflit qui opposa à partir de 1995, l’entreprise camerounaise « Codilait » au groupe européen « Nestlé ». On se souvient de la concurrence insalubre du géant suisse, poussant « Codilait » à fermer ses portes et envoyant ainsi d’honnêtes salariés au chômage force et massacrant de cette façon la vie de nombreuses familles camerounaises qui ne demandaient qu’à assurer leur pitance et avaient pu créer des emplois pour stimuler le marché intérieur et contribuer au développement véritable.
L’odieuse machinerie de « Nestlé » consistait principalement à vendre en masse ses produits à des prix souvent inferieurs a plus de 70% au Super Milk local produit par « Codilait ». Mais au-delà de cette compétition inégale et injuste, la principale farce réside dans l’appellation:
« Lait concentre » des produits « Nestlé » de cette époque, admissible uniquement pour les produits laitiers issus de matière grasse animale. La firme suisse a ainsi pu tromper la clientèle camerounaise en marquant son produit du sceau de production à base de matière animale, tout en produisant en réalité un aliment exclusivement végétal. Sur le territoire national, cette illustration constitue l’un des exemples les plus probants du vice économique de l’ogre européen de ces 20 dernières années, dont l’appât du gain est le mot d’ordre, et pour qui a aucun moment le dynamisme de l’économie des pays envahis ne constitue la motivation principale.
Il suffit donc de partir du principe que si à l’origine, des limites douanières ont été instaurées, c’est parce qu’elles ont bel et bien leur rôle à jouer, c’est qu’elles possèdent une fonction de grande portée sur la croissance intérieure. Les supprimer en instaurant un système d’échange à sens quasi unique ne saurait alors être un acte pourvu de sens. D’ailleurs dans une autre mesure, au premier semestre 2014 en Allemagne, une pétition a déjà été signée par près de 500 000 personnes s’opposant aux accords de libre-échange entre les Etats-Unis et l’Union Européenne. Dans les prochains numéros, nous reviendrons de façon plus détaillée sur le bras de fer que se livrent à ce sujet, l’UE et les USA.
Epilogue
Le constat le plus insolite, et certainement le plus ridicule reste cependant le fait que le Cameroun s’est vu imposer une date fatidique à la ratification de cet accord. Le délai initial fut limite au Jour de l’An 2014, date désormais reportée au 1er Octobre de la même année en raison des réticences ou de l’hésitation des autorités camerounaises, due justement au caractère flou et même opaque de ces APE. Une situation qui apporte la preuve ultime du manque de bonne volonté de l’Europe et illustre cette détestable tendance à vouloir a coup de propagande et d’intimidation, obliger les anciennes colonies à ratifier un partenariat qui ne leur sera d’aucune utilité notable et, le cas échéant, ne servira qu’à plonger davantage le Berceau de nos ancêtres dans la misère déjà omniprésente, et a le priver de son bien le plus cher : le libre arbitre. La raison humaine permet pourtant de poser la question sur la légitimité d’imposer un délai à un probable partenaire d’affaires, qui pourtant dispose du droit de ne pas ratifier le traité convenu s’il le souhaite.
Il appartient donc aux pouvoirs publics camerounais de faire montre de discernement et de ne ratifier sous aucun prétexte un projet si partial et si funeste. Le développement économique passera, comme en Occident à partir de la Révolution Industrielle entre la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècles, en premier lieu par le renforcement de la capacité à produire par soi-même, à vivre de sa production et à exporter au moins autant qu’on importe.
Ratifier ce contrat prouverait au contraire que l’Afrique n’a rien appris de son histoire, de son passe, et que les beaux slogans de « lutte contre la pauvreté, programme de développent ou encore coopération économique », qui ne sont en réalité que de l’esbroufe et du vocabulaire insipide, parviennent tout de même encore hier comme aujourd’hui, à avoir le dessus sur notre raison et nous poussent vers une nouvelle ère de néocolonialisme et de pauvreté dont les victimes se compteront cette fois par millions. On ne le dira jamais assez, en politique économique internationale, la seule maxime qui soit exacte stipule que: «Les Etats n’ont pas d’amis, juste des intérêts ».
EKANGA EKANGA Claude Wilfried ;
Étudiant en sciences politiques, juridiques et sociologiques en matière secondaires ;
Candidat au Bachelor 2014 ;
Université Goethe de Francfiort ;
(Goethe Universitaet Frankfurt am Main).


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