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CAMEROUN : Les banques et le financement du processus d’industrialisation octobre 14 2012

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                            beac.jpg                Dans un précédent article portant sur les véritables causes de la surliquidité des banques en Afrique centrale, nous avions entre autre évoqué l’insuffisance de projets bancables, les répercussions à long terme de la crise économique et bancaire des année 90, l’incohérence temporelle entre dépôts (courts) et crédits (longs). Précisons tout de même que ces explications sont celles fournies par les banquiers. L’avis des enseignants d’économie, des universitaires est différent. Nous dénombrons à notre compteur plusieurs altercations entre  banquiers et académiciens. La dernière en date étant celle ayant opposé un docteur en économie et un ancien banquier  tous les deux enseignants à l’IRIC (Institut des Relations Internationales du Cameroun). Le motif est évidemment “la pertinence de l’argument relatif à la bancarisation de certains investissements”. Pour le professeur Bruno BEKOLO EBE, encore recteur de l’université de Douala, “les banques présentent au Cameroun ne sont pas réellement disposées à financer le développement de notre pays, elles entretiennent consciencieusement ou pas une économie d’intermédiation”. Ces propos énoncés lors d’une rencontre dénommée “e-cam” et tenue le 5 juin 2012 à Douala,  avec les membres du GICAM (Groupement Interpatronal du Cameroun) et en présence de plusieurs opérateurs économiques. Autrement dit, sans vouloir faire le procès des banques, le secteur bancaire constitué en majorité de succursales ou filiales des banques étrangères, prete plus facilement de l’argent pour financer l’acquisition des biens (consommation intermédiaire ou finale), que la création d’industries ou de mégastructures sensées produire ces biens (investissement). Dans ces conditions, l’impact du financement bancaire sur la création de richesses ou dans  l’accroissement du PIB (Produit Intérieur Brut) restera minime et peu signifiant.

De ces propos, nous pouvons également tirer les conclusions suivantes. Les banques présentes sur notre territoire sont d’origine ou de capitaux étrangers, elles se sont installées au Cameroun pour accroitre leur clientèle, diversifier leurs activités et évidement réaliser des bénéfices qui sont pas ou peu réinvestis dans des projets d’envergure sur le territoire camerounais par exemple. Ces profits sont rapatriés pour être redistribués aux actionnaires, elles n’ont aucun lien particulier ou profond avec le Cameroun (et son peuple), et ne sont par conséquent pas tenues de l’accompagner dans le vaste programme des grandes réalisations qu’il a enclenché. Du moment qu’elles réalisent de confortables bénéfices qui satisfont leurs actionnaires, pourquoi s’obstineraient elles à accroitre leur contribution financière pour lui permettre d’atteindre le statut de pays émergent à l’horizon 2035 ?

Il est exact qu’elles ont activement participé à l’élaboration du projet d’emprunt obligataire (ECMR 5,6% net) de l’Etat du Cameroun en 2010 via leurs PSI (Prestataire de Service d’Investissement) ; soit en fournissant un service d’assistance-conseil, soit en achetant directement des titre pour leurs clients . Certaines d’entre elles sont également des SVT qui prennent part aux adjudications des bons du trésor de l’Etat camerounais. Ces services ne sont évidemment pas gratuits et désintéressés.

Lors de cette rencontre, un constat a été fait par le professeur Bruno BEKOLO EBE. “Le programme des grandes réalisations à lui seul ne suffira pas à faire du Cameroun un pays émergent à l’horizon 2035″. Ce programme doit en effet être accompagné de mutations profondes et soutenues des structures industrielles, économiques et commerciales du pays. Le port en eau profonde de Kribi par exemple, n’aura pas d’impact macroéconomique significatif sur niveau des transactions, la qualité du fret et de la logistique par voie maritime si volume de opérations entre le Cameroun et ses partenaires commerciaux camerounaises (importations et exportations) ne s’accroit pas considérablement. Il faut donc un accroissement conséquent de la production globale, pour exploiter de manière optimale les capacité de stockage et de fret disponibles sur la future plateforme. Les investissements consistant à  exploiter les gisements de pétrole découverts sur la presqu’ile de Bakassi, n’affecteront pas directement le bien être des camerounais s’il n’est pas créée une autre méga-structure en aval de la SONARA (Société Nationale de raffineries), spécialisée dans le traitement traitement du fioul semi-lourd produit par la Société de raffinerie, en produits (pétrole, essence, gasoil…) directement consommables à la pompe par les camerounais.

Des méga-structures industrielles sont indispensables pour concrétiser le modèle économique de développement érrigé par l’Etat camerounais. Ces dernières produiront et “fabriqueront” des biens et produits dits à forte valeur ajoutée qui vont accroitre le PIB et le taux de croissance économique du pays. Les exportations camerounaises ne seront plus constituées que de matières premières agricoles et minières et de produits agroalimentaires manufacturés de première nécessité. Ces mesures garantiraient le passage le passage d’une économie de rente à une économie industrielle pour notre pays.

Cependant, comme l’ont prouvé les dernières décennies, le secteur public ne peut être tout  seul au fer et au moulin. Il ne peut assurer conjointement la réalisation des projets structurants et le financement des structures industrielles destinées à exploiter de façon optimale les potentialités qu’offre le Cameroun, d’où l’intérêt du soutien bancaire. Les banques sont actuellement les seules à pouvoir apporter une assistance bancaire et financière aux pouvoirs publics pour assurer l’atteinte de l’émergence économique.

De telles entités, investies dans le financement de pôles industriels au Cameroun ne peuvent être que celles ayant un véritable conscience nationale, une volonté manifeste d’exercer leurs activités, de réaliser des profits tout en accordant das concours ponctuels aux projets et programmes d’investissements industrialisants. Ceci s’apparente véritablement  à du patriotisme économique et financier, mais dans la mesure où plus de 80% des établissements financiers camerounais sont d’origine ou de capitaux étrangers, c’est un  réel problème. Il faudrait donc que le programme des grandes réalisations incluent la mise sur pied d’institutions financières ou bancaires nationales à capitaux publics ou para-publics ou selon différentes formules qui ont déjà fait leurs preuves à l’étranger : le création d’une d’une institution  bancaire dont les pouvoirs publics seraient propriétaires mais dont la direction serait déconnectée de celle de l’exécutif , le rachat massif d’actions de plusieurs banques,  des prises de participation dans le capital d’établissements de crédits ciblés et de grande envergure, qui fourniront à l’Etat un pouvoir modéré au sein du conseil d’administration. Le but ici étant de contrôler à long terme la stratégie bancaire de financement du pays. De telles mesures devraient être harmonisées à l’échelle communautaire car tous les voisins de l’Etat camerounais aspirent à l’émergence dans un horizon plus ou moins proche. Des mesures aussi audacieuses auraient à coup sur un important impact sur le processus d’industrialisation et d’indépendance économique aux importations onéreuses et génératrices de déficits pour les balance de paiement des pays de la CEMAC (Communauté Economique et Monétaire d’Afrique Centrale).

Nyemb Oscar Thierry Ulrick


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